Exposition jusqu’au 6 septembre 2020

Exposition jusqu’au 6 septembre 2020

Suite aux indications du gouvernement liées à la propagation du Coronavirus Covid-19, l’inauguration prévue le mardi 12 mai 2020 est reportée à une date ultérieure. Nous vous tiendrons au courant, en espérant vous ouvrir les portes du Lavoir prochainement.

Weronika Gęsicka

Traces

→  Vernissage mardi 12 mai à 18h30 dans le cadre de l’inauguration du Lavoir Numérique

On entendrait presque les jingles publicitaires qui accompagnent ces images : les mélodies sautillantes aux accents douceâtres, les refrains sucrés et les chœurs aux dents blanches clamant les mérites des réfrigérateurs derniers cris, des berlines tout confort ou des crédits immobiliers à bas coûts. 

Pour réaliser sa série Traces, Weronika Gęsicka, a arpenté les banques d’images en ligne pour en faire surgir toute une iconographie commerciale et colorée d’après-guerre. L’univers de Traces est d’abord celui d’un pays joyeux où les personnages, toujours souriants, affichent un bonheur inconditionnel dans des paysages toujours ensoleillés ou dans des intérieurs invariablement confortables et chaleureux. Il faisait décidément bon vivre dans le monde rêvé de l’American way of life des années 1950 et 1960 qui savait magistralement orchestrer loisirs, famille, histoires d’amour et félicité matérielle. 

Mais par un sortilège numérique, par des manipulations aussi malicieuses qu’amusées, par des interventions subtiles et délibérément manifestes, Weronika Gęsicka donne à ces archétypes du bien être occidental une toute autre tournure et une toute autre signification : comme si le compositeur avait soudainement eu envie de tonalités plus étranges ou plus sombres, comme si le disc-jockey avait sciemment rayé ses vieux vinyles 75 tours, comme si les rengaines publicitaires s’étaient finalement mises à tenir des propos incongrus ou délirants. 

Avec Weronika Gęsicka, nous passons de la représentation collective et convenue à l’appropriation, à l’invention visuelle, intime et pulsionnelle. En triturant les postures, en déformant les morphologies, en tourmentant les détails ou en démultipliant les signes graphiques, les métamorphoses opérées par l’artiste agissent sur notre entendement et notre imagination comme des révélateurs de sens nouveaux ou parfois même comme des agitateurs critiques : la scène de rencontre amoureuse devient un jeu narcissique, la réunion familiale prend des accents scabreux, les personnages se dédoublent ou se fondent entre eux, les perspectives déraillent, les matières prennent le pas sur les vivants, le contenu devient la forme, l’analogique intelligible s’entrelace avec le digital abscons… On pense bien évidemment au surréalisme et on s’emmêle délicieusement les pinceaux dans ce constant va-et-vient. 

Michaël Houlette